Nouvel album de Adele en 2021 – 30

Découvrez notre chronique du nouvel album d'Adele en 2021 - 30

Note : 4.5 sur 5.


Chaque nouvel album d’Adele est un événement. À une époque de sursaturation, elle reste l’une des rares icônes mondiales vraiment reconnaissables : un nom en un seul mot, sa vie divisée en chapitres distincts, chacun étant lié à un âge ou à un tournant important de sa vie.

Pourtant, le nouvel album d’Adele en 2021 30 – même selon ses propres critères – a une importance personnelle et une résonance émotionnelle qui éclipse sans doute même les sommets de son travail précédent. Elle commence par évoquer son divorce avec Simon Konecki, puis aborde la maternité, son besoin d’indépendance et les sentiments d’échec personnel et d’engourdissement émotionnel qui peuvent en découler.

Sur le plan musical également, il s’agit de son album le plus diversifié à ce jour, qui passe de symphonies de rue soul-funk à un tube country-pop en passant par des cordes hollywoodiennes et – oui – des ballades déchirantes, comme seule Adele peut en offrir.

Y a quoi sous le capot de 30, le nouvel album d’Adele en 2021

Il est donc curieux que « le nouvel album d’Adele 30 s’ouvre sur un moment de pur mélodrame : dans la chanson « Strangers By Nature », Adele, voilée de noir, « apporte des fleurs au cimetière de son cœur ». Aussi direct qu’il soit sur le plan émotionnel, le lyrisme franc d’Adele se retourne continuellement sur lui-même, présentant un labyrinthe de sentiments dans lequel il faut naviguer ; “I rebut all my rebuttals,” (« Je réfute toutes mes réfutations »), dit-elle, avant de demander pensivement : “Will I ever get there?”

Construit à travers les studios du monde entier, le nouvel album d’Adele 30 s’ouvre sur une flopée de chansons pop californiennes clinquantes. Le titre « Easy On Me » est l’un des moments les plus ouvertement « Adele » de l’album – un premier single à succès, mais qui s’appuie stylistiquement sur son passé. On enchaine ensuite avec « My Little Love » offre un autre point de vue sur la musique de l’âme, une discussion franche sur l’anxiété et son impact. Vous auriez du mal à trouver un morceau de chanson plus nu et plus honnête qui sera absorbé par des millions de personnes dans le monde en 2021.

Le 4ème titre du nouvel album d’Adele 30 « Cry Your Heart Out » s’ouvre sur un chœur de voix angéliques profondément distordues, les effets numériques trippants vous éloignent complètement de la voie caractéristique d’Adele. Pourtant, le morceau change une fois de plus de registre, se dissolvant dans une sorte d’exercice de soul des années 60 qui démontre la maîtrise d’Adele des sons classiques. L’impact traditionnel de l’arrangement est cependant contrebalancé par les paroles – le couplet n’utilise aucune structure de rimes, simplement une série de déclarations directes qui viennent directement du cœur. Le tout est soutenu par la voix incroyable d’Adele.

« Oh My God » est un pur titre gospel, Adele trouvant la rédemption dans le célibat : “I am a grown woman,” déclare-t-elle, “and I do what I want to do…”. Cela nous amène à l’une des déviations les plus inattendues de l’album, le morceau country-pop « Can I Get It », dirigé par Max Martin. L’immédiateté de ces morceaux se dissipe cependant rapidement. Dans le nouvel album d’Adele, la liberté et l’introversion semblent être implicitement liées, jusqu’à la sombre ballade de fin de soirée « I Drink Wine ».

Comme dans les ballades de Tom Waits des années 70, Adele revient à ce style qui évite les rimes directes, laissant ses ruminations se répandre. Elle ne trouve aucune résolution, et très peu de joie aussi ; dans un monde où l’on nous apprend à « trouver l’équilibre dans le sacrifice », elle ne « connaît personne qui soit vraiment satisfait… » chante-t-elle. En levant le voile, nous sommes invités à nous pencher sur la solitude de la vie à Los Angeles, cette ville tentaculaire où même le plus simple des trajets peut vous bloquer – émotionnellement ou autre.

En effet, ce sentiment d’appartenance traverse « All Night Parking ». Le récit lyrique de la séduction, entre Los Angeles et ses racines londoniennes, fera sans doute jaser. Dans le contexte de l’album, cependant, il développe la solitude d’Adele – et son besoin de connexion.

On poursuit le nouvel album d’Adele 30 avec la chanson « Woman Like Me » qui s’articule autour d’un superbe riff de guitare acoustique, le « cliquetis » des notes constituant le moment le plus spartiate de l’album. C’est un morceau audacieux où Adele réfléchit à la dichotomie entre « complaisance » et « constance ». On se demande toutefois si elle s’adresse vraiment à son ancien partenaire ou si ces commentaires ne sont pas pour elle.

La chanson « Hold On », coécrite par Dean Josah Cover, est encore plus proche de la réalité, avec une voix accompagnée d’une chorale présentée comme « les amis fous d’Adele ». Lorsque le rythme est lancé pour la première fois, « Hold On » devient une expérience révélatrice – une pure symphonie de soul de rue, avec Inflo évoquant les fantômes de ces arrangements épiques d’Axelrod du début des années 70 avec une touche magistrale.

Cette dynamique se dissout ensuite sur le prochain titre du nouvel album d’Adele « To Be Loved », dont les notes du piano permettent à Adele d’exécuter des pirouettes vocales dignes de Whitney Houston dans toute sa grâce. “I’ll never learn,” dit-elle, “if I never leap” avec ces longues lignes vocales mélodieuses tirant chaque once de force de sa gorge. “I took some bad turns,” admet-elle, “that I am owning”. Écrite aux côtés de son précédent collaborateur Tobias Jesso Jr., la beauté manifeste de la mélodie et de la structure des accords contraste fortement avec l’audace et le caractère cathartique des paroles – elle n’a jamais été aussi ouverte, aussi franche auparavant.

Le dernier morceau du nouvel album d’Adele 30, « Love Is A Game », permet à la chanteuse de retourner à la table de roulette, jouant une fois de plus avec son cœur. Une autre production d’Inflo, la ligne de basse descendante et régulière fait un clin d’œil à la soul de la Nouvelle-Orléans, et la façon dont le rythme s’affirme tandis qu’Adele chante « self-inflict that pain » est absolument sublime. Le seul titre londonien de l’album – enregistré dans les somptueux Metropolis Studios de Chiswick – passe d’un Wurlitzer inquiétant à des cordes de style « Mad About The Boy ». C’est une chanson qui offre une conclusion, mais pas de résolution ; si l’album s’ouvre sur un mélodrame, il se termine sur une rédemption personnelle, Adele déclarant simplement « pas de compromis » avant le début du long fondu enchaîné.

Notre avis sur le nouvel album d’Adele, 30 ? Son dernier album est une œuvre de triomphe personnel et artistique, mais il n’est pas exempt de défauts. Malgré toute son ampleur stylistique et ses écarts audacieux, l’album s’attarde sur la pop californienne, tandis que certains éléments nouveaux, comme la musique country de Max Martin, ne s’intègrent pas à la palette globale. Mais ce n’est que chercher l apetite bête sur un très grand album de la chanteuse. L’équilibre est ici parfait, alliant le service aux fans (le glorieux premier single « Easy On Me ») à de nouvelles idées audacieuses. Un album à la profondeur romanesque, lorsque 30 se retourne une fois de plus pour sa conclusion londonienne, Adele semble atteindre un nouveau palier dans sa carrière stratosphérique. Un des meilleurs albums de 2021.

Ecoutez ici 30 de Adele

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